Circaète Jean-le-Blanc : une première chirurgie dont je me souviens encore
En septembre 2020, un Circaète Jean-le-Blanc a été découvert dans une situation particulièrement impressionnante : l’oiseau s’était retrouvé empalé sur un piquet de clôture, l’une de ses ailes restant prisonnière de la structure.
Les personnes qui l’ont trouvé ont réussi à le dégager avant son transfert pour prise en charge vétérinaire. Malgré les circonstances, les lésions étaient finalement moins graves qu’on aurait pu le craindre. L’examen a mis en évidence une plaie importante du propatagium, cette membrane située à l’avant de l’aile, ainsi qu’une fracture fermée du radius.
Une suture du propatagium a été réalisée afin de restaurer l’intégrité de l’aile. Concernant la fracture, la situation était plus nuancée. Chez les oiseaux, le radius est un os fin, très mobile, et souvent difficile à immobiliser correctement par des moyens externes. Contrairement à une idée reçue, l’ulna, pourtant intacte dans ce cas, ne constitue pas une attelle naturelle suffisante pour stabiliser efficacement le radius.
Dans certaines situations, la pose d’un clou centromédullaire représente la meilleure option chirurgicale. Dans le cas de ce circaète, l’absence de déplacement important de la fracture et la stabilité observée lors de l’examen nous ont conduits à privilégier une gestion conservatrice associée à des soins de soutien.
Comme pour tout rapace hospitalisé, une attention particulière a été portée à l’analgésie, au nursing et à l’alimentation assistée lorsque cela était nécessaire. Un point souvent négligé concerne également la protection des rectrices, ces grandes plumes de la queue indispensables à l’équilibre et au vol. Leur détérioration peut compromettre la réhabilitation même lorsque les lésions osseuses sont correctement prises en charge.
Après les premiers soins, l’oiseau a rejoint le centre de sauvegarde de la LPO à Buoux pour plusieurs semaines de rééducation. Ce travail de longue haleine réalisé par les centres de soins est indispensable. Sans eux, une grande partie des animaux que nous opérons ou soignons ne pourrait jamais retrouver la vie sauvage.
Pour l’anecdote, il s’agissait de mon premier Circaète Jean-le-Blanc. Je garde un souvenir particulier de cette prise en charge. C’est un rapace fascinant, spécialisé dans la chasse aux reptiles, dont la silhouette est devenue familière dans le ciel méditerranéen. Depuis cette intervention, chaque rencontre avec cette espèce conserve une saveur particulière.
Une espèce protégée
Le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) bénéficie d’une protection stricte en France et en Europe. Sa capture, sa détention, sa destruction ou la perturbation de ses sites de reproduction sont interdites.
Cette protection s’accompagne d’actions de suivi scientifique et de conservation visant à préserver les populations et leurs habitats. Les centres de soins, les associations naturalistes, les vétérinaires, les services de l’État et les bénévoles participent tous, à leur niveau, à cette mission.
Pour aller plus loin
- École Nationale Vétérinaire de Toulouse : prise en charge chirurgicale de l’oiseau.
- Le Point Vétérinaire® : chirurgie orthopédique de l’aile chez les oiseaux.
